Vademecum pour les années à venir

Numéro 63 – Septembre 2019

Notre magazine a un rôle unique et indispensable en Suisse romande. Voici pourquoi et comment il entend le jouer.

À priori c’est un brillant résultat : ces dernières années en Suisse romande l’offre culturelle a explosé. La richesse est devenue telle qu’en cet été 2019, le Paléo n’a pas vendu ses billets en quelques minutes, alors que la Fête des vignerons a soldé une partie des siens sur le site qoqa. Dans les débats qui ont suivi sur les raisons et les conséquences de cette surabondance, un point a été peu évoqué : la presse ne parvient plus à relayer l’entier des propositions de spectacles, de festivals et d’activités artistiques. Il ne s’agit pas de dédain, mais d’un manque de moyens. Des titres ont disparu, tels L’Hebdo et Le Matin ; la pagination des rubriques culturelles se réduit, comme le nombre de chroniqueurs qui peuvent vivre de leur métier. Bref, si le public ne sait plus où donner de la tête, c’est aussi parce que les prescripteurs journalistiques qui lui permettaient de s’orienter disparaissent. Les rédactions sont affaiblies et donnent moins de visibilité à certaines thématiques.

Dans ce contexte chahuté, CultureEnJeu, dédié aux enjeux culturels est plus que jamais indispensable. Lancé il y a quinze ans, il aborde franchement les questions de financement et de statut des artistes ; il nourrit la réflexion du public, il interpelle les décideurs sur leurs choix ; il anticipe les tendances ; il donne à voir les coulisses, la fabrication de la culture, ici en Suisse et en Suisse romande en particulier.

Dans ce sens, il est un média de combat, qui assume de défendre les artistes, mais aussi, par principe, la qualité et la diversité de la presse, de plus en plus mises en péril. Car, parmi les droits inaliénables des individus, la liberté d’expression et la liberté de la presse sont soeurs.

Sur cette ligne éditoriale, CultureEnJeu est seul de son espèce. Sa légitimité incontestable ne saurait lui épargner une certaine adaptation aux défis de l’époque. Imprimé sur papier, quatre fois l’an, le journal doit mieux se décliner sur le web et les réseaux sociaux. Une rénovation de son site est en cours. Elle permettra de valoriser les contenus et les contributions de l’équipe de passionné-e-s qui composent sa rédaction.

Le débat d’idées auquel CultureEnJeu est si attaché continuera à vivre dans les pages, mais il sera aussi organisé dans différents lieux de Suisse romande. C’est le paradoxe de notre temps : à côté de cette discussion ininterrompue, mais parfois abrupte et caricaturale, que constituent les réseaux sociaux, les gens apprécient encore plus qu’avant la possibilité de se rencontrer « pour de vrai » et d’expérimenter l’échange tout en nuances et en respect d’arguments.

En partant à la rencontre de ses publics, CultureEnJeu pourra nouer des partenariats avec différentes institutions culturelles, il leur apportera les compétences de ses rédacteurs en termes de débats là où elles augmenteront sa visibilité. Le magazine fortifiera ainsi son impact et le nombre de ses abonnés, sans lesquels une équipe, aussi engagée soit-elle, ne peut produire une revue et enrichir un site internet.

Que les choses soient dites clairement : CultureEnJeu a besoin de nouveaux financements pour continuer à vivre. La publicité comme les soutiens se font volages. La fascination pour les réseaux sociaux fait oublier à d’aucuns que le travail de qualité et de longue haleine, comme sa diffusion, ont des coûts.

Enfin, CultureEnJeu gardera une perspective romande et encouragera le décloisonnement mental, là où tant d’autres se résignent à un pays replié sur lui-même. Les artistes comme les journalistes ont cette conviction en commun : il faut sans relâche dégager l’horizon, bousculer la perspective. Car le débat ne peut s’enfermer ni dans des chapelles ni dans un découpage institutionnel qui ne correspond plus aux pratiques actuelles.

L’affirmation romande est trop souvent vue comme anti-alémanique, elle est pourtant le synonyme du lien profond - et premier - entre cantons et populations francophones. La langue française a forgé notre identité de Suisses minoritaires mais ouverts au monde, et de citoyens extrêmement soucieux de ne pas dépendre des autres pour exprimer nos points de vue et notre créativité propre.