L’aide vaudoise à la presse: un sparadrap?

Numéro 65 – Mars 2020

Le paysage journalistique romand est jonché de carcasses décharnées, les cantons s’en inquiètent mais lancent leurs équipes de secours dans une partie de «Hâte-toi lentement». Le premier à pousser ses pions est le Canton de Vaud. Son projet d’aide à la presse sera soumis prochaine- ment au parlement. Montre-t-il la voie? 

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Adossé à une analyse qui lui permet d’identifier correctement les maux, le premier plan quinquennal vaudois d’aide à la presse propose une boîte à pansements pour chacun des bobos de cette branche – il ne manque que l’aide au maintien d’une rotative en terre vaudoise (qui est aussi la plus importante de Suisse romande). 

Mais c’est une miniboîte pour jouer au docteur: les organisations syndicales Impressum et Syndicom parlent de gouttes d’eau sur une pierre brûlante. Six millions en cinq ans ne suffiront pas à enrayer le déclin de la presse papier et du journalisme sous toutes ses formes. 

La plupart des mesures proposées font sens. Les édiles vaudois redécouvrent les vertus d’une éducation aux médias dans les écoles qu’ils avaient bien délaissée ces dernières décennies. En donnant la parole aux jeunes il y a deux ans, le documentaire que j’ai réalisé, Le printemps du journalisme, avait indiqué l’ampleur des dégâts. Notre revue CultureEnJeu avait aussi relayé les mesures proposées par l’association Fijou pour tenter de combler la disruption numérique générationnelle – notamment des abonnements fortement réduits pour les jeunes, en leur laissant le libre choix de l’organe qu’ils souhaitent lire. Dans le cas présent, les jeunes de 18 ans auront une année (et une seule, faute de financement) pour surmonter l’écueil de l’info payante. Mais c’est une mesure qui s’attaque à la racine du mal (l’illusion de la gratuité des infos) tout en ayant l’avantage de ne pas bousculer le jeu concurrentiel, elle est donc acceptable par les grands comme les petits éditeurs – et ils n’ont pas manqué de le faire savoir, du moins en Suisse romande, car la nouvelle n’a pas réussi à franchir le Röstigraben. 

Dans la boîte à pansements, on trouve la garantie d’un volume d’annonces officielles. Une subvention clairement ciblée vers les grands, qui n’offre pas toutes les garanties de transparence et de répartition équitable entre les divers éditeurs – sans parler de ceux qui n’ont aucune annonce! Malheureusement, on trouve aussi dans la boîte un médicament dont la toxicité n’est pas nulle. Le Canton de Vaud entend subventionner l’agence de presse ATS en payant l’équivalent d’un poste de correspondant.e chargé.e de couvrir le canton de Vaud. Un poste fortement exposé à l’autocensure. Le gouvernement vaudois avait pourtant sous les yeux une offre plus apte à respecter l’indépendance d’un journalisme local, régional, national ou international: le Pacte de l’enquête. Une institution gérée par la branche, un financement attribué par des experts de la branche à des enquêtes sélectionnées et mises à la disposition de tous les médias. Ce Pacte de l’enquête, que portent aujourd’hui cinq organisations dans une dé- marche nationale auprès de l’OFCOM: Impressum, Investigativ.ch, Media Forti, Médias pour tous, Nouvelle Presse.


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