Manifeste

Numéro 59 – Septembre 2018

Quatre animateurs de la scène bédéphile helvétique s’engagent pour une meilleure reconnaissance du neuvième art sur le plan national.

 

La scène suisse de la bande dessinée est vibrante et gagne partout en force et visibilité. Associations établies ou nouvellement fondées, bourses, festivals, formations, événements, maisons d’édition, collectifs… tout-e-s contribuent à créer une scène suisse de la BD vivante et novatrice.

Et pourtant, il reste du chemin à parcourir pour que les auteur-e-s suisses soient accueilli-e-s dans les centres d’art, lu-e-s à l’école, encouragé-e-s et récompensé-e-s dans leur ville ou leur canton d’origine, ou encore à Berne ; pour que la production helvétique circule à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières ; et pour que des nouveaux lieux (espaces indépendants, galeries, musées) dédiés à la présentation de la bande dessinée essaiment dans nos régions.

Le neuvième art est un langage, une forme d’expression à part entière, qui a son histoire, laquelle débute précisément en Suisse, avec le Genevois Rodolphe Töpffer. Populaire ou expérimentale, parfois les deux, la bande dessinée fraye hors des sentiers battus, se renouvelant sans cesse.

Nommée « littérature en estampe » par son père ou « cinéma de papier » par Pellos, définie par ses analystes comme « narration séquentielle » ou « storytelling en images », la bande dessinée entretient un rapport de perméabilité avec les autres disciplines : elle se nourrit des arts du dessin, du cinéma, de la narration écrite. On la rattache ici au domaine des arts visuels, là à celui de la littérature et du livre. Tous vrais, ces liens multiples constituent une force, mais aussi une faiblesse. Le risque est que la bande dessinée ne parvienne à s’ancrer solidement nulle part.
 

Le moment est venu d’unir nos énergies afin de faire reconnaître et promouvoir la bande dessinée en tant que forme d’art spécifique, sur le plan national et dans les différentes régions linguistiques. Ceci sans la couper des autres domaines auxquels elle participe. Nous sommes convaincu-e-s qu’à travers une démarche collective, nous augmenterons nos chances d’atteindre ce but.

Nous avons décidé de créer le Réseau BD Suisse dont les objectifs sont les suivants :
• établir des liens entre les institutions et les acteurs impliqués dans le domaine de la bande dessinée en Suisse et améliorer la communication entre eux ;
• Partager les enjeux et l’actualité du domaine à travers des rencontres régulières ;
• Donner une visibilité aux actions de soutien et de promotion de la bande dessinée ;
• Réaliser des actions communes et/ou coordonnées afin de manifester des intérêts partagés à une plus large échelle.

En plein coeur de BDFIL, mais à l’écart du bruit et de la fureur du festival, avait lieu le 16 septembre 2017 une rencontre qui, autour des soussignés, réunissait représentants des artistes, de l’édition, des festivals, de la formation, des musées, de la politique du livre : Jérôme Baratelli, Dominique Berlie, Ben Chevallier, Patrick Fuchs, Myriam Poiatti, Helge Reumann, Frédéric Sardet, Tom Tirabosco, Geesa Tuch.

Pour commencer…

Depuis, le Réseau BD Suisse a dépassé le stade embryonnaire. Il a fait sa première sortie publique (et remarquée !), ainsi que sa première annonce officielle à Fumetto, Lucerne, le 20 avril. La première assemblée générale aura lieu dans quelques jours à BDFIL, le 15 septembre.

Longue vie à la bande dessinée et… à son réseau suisse.

 
 
La Bande des Quatre
Anette Gehrig, directrice du Cartoonmuseum, Bâle

Jana Jakoubek, directrice artistique de Fumetto, Lucerne
Dominique Radrizzani, directeur artistique de BDFIL, Lausanne
Cléa Redalié, conseillère culturelle à l’Office cantonal de la culture et du sport, Genève