Être une femme artiste qu’est-ce que cela représente en 2020?

Numéro 65 – Mars 2020

La question est encore trop souvent d’actualité. En attendant qu’elle
ne le soit plus, nous l’avons posée
à quelques artistes d’horizons différents.

Temps de lecture: 2 minutes

Être femme artiste aujourd’hui, c’est, malgré plus d’un siècle de luttes féministes, être quotidiennement confrontée à la réalité de rapports sociaux de sexes qui m’assignent un genre et devoir encore répondre à la signification de mon expression de genre plutôt qu’au sens de mon travail.

Valérie Reding
Artiste transdisciplinaire, chorégraphe et productrice

Il m’est difficile de répondre à cette question, car je n’ai pas la prétention de parler pour toutes les femmes artistes. La possibilité d’être artiste ou, dans mon cas, réalisatrice reste malheureusement trop souvent réservée à des hommes et, dans une moindre mesure, à des femmes issues de milieux relativement privilégiés.
J’ai eu la chance de rencontrer un soutien important lors de la réalisation de mon deuxième film, "Delphine et Carole insoumuses". Je ne peux qu’espérer qu’il en sera de même pour mon prochain projet de documentaire fictionnel, un stage de féminisation destiné à des hommes «dominants» – blancs, hétéros, cisgenres, imposables!
Depuis quelques années, la question de la place des femmes et des inégalités de genre dans le cinéma est de plus en plus soulevée, ce qui me semble essentiel si l’on veut bouleverser l’ordre patriarcal des choses. Cela pose également la question du male gaze omniprésent dans les créations cinématographiques et, en creux, la question des regards, des images et des expériences de femmes qui sont manquantes. Nous aurons fait un grand pas quand la question des femmes artistes ne sera plus une question, mais force est de constater qu’en 2020 elle l’est encore.„


Callisto Mc Nulty
Réalisatrice, auteure, traductrice, diplômée de la Central Saint Martins
et de l’Université Goldsmiths, à Londres

Cela me met mal à l’aise de parler de cette question sur la femme artiste en 2020, car j’ai l’immense privilège d’être née en Suisse et d’avoir eu une
liberté exceptionnelle. Je préfère parler du statut de la femme dans des contrées comme l’Égypte ou le Liban, où je viens de passer quelque temps. Il y a encore tant de femmes à protéger, ça me bouleverse et me donne l’élan de m’engager à aider les autres. J’étais récemment chez mon médecin au Caire, les poumons embrumés. Le Dr. Gohar a monté une association venant en aide aux femmes violées en Égypte et au Soudan. Ce jour-là, il avait envie de papoter, moi aussi. Je n’ai pas osé lui dire que je suis artiste, j’aurais dû. Surtout quand il a commencé à me montrer ses collages exposés dans son cabinet en m’expliquant que c’est le moyen qu’il a trouvé pour ne pas devenir cinglé face aux menaces qu’il reçoit tous les jours.


Sandrine Pelletier
Artiste plasticienne

Être une artiste femme en 2020 pour moi, c’est peut-être assumer ce que je suis, où j’en suis de ma vie, de mon temps sur terre. Interpréter telle partition en veillant consciemment et «politiquement» à célébrer, chemin faisant, la diversité des êtres, des voix, des corps, qui nous entourent, et qui nous habitent. Et puis, plus personnellement, cela représente un bonheur, une victoire sur les désespoirs, une terre d’accueil pour tous mes chagrins, toutes mes joies, tous mes espoirs, un espace où tout est possible, où la vie et la mort coexistent sans l’écrasement de la pudeur, ou de la raison habituelle. Je n’arrive pas à dérouler le fil plus loin...


Isabelle Caillat
Comédienne

CultureEnJeu

La Rédaction


Numéro 65 | Femmes artistes: de l’ombre à la lumière

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